L’exposition « Tintoret, naissance d’un génie » au musée du Luxembourg ( 7 mars – 1er juillet 2018)

Expo TintoretLe musée du Luxembourg fête le 500ème anniversaire de la naissance du Tintoret en proposant, du 7 mars au 1er juillet 2018, une exposition sur le début de sa carrière avant la consécration de son génie.

L’exposition est très bien structurée (formation du peintre, débuts de sa carrière, ses portraits, son atelier, la théâtralité dans son œuvre, l’influence de la sculpture, et les représentations féminines), et souligne parfaitement les points essentiels à connaître sur le Tintoret. Elle met également en exergue les problématiques les plus pertinentes du Cinquecento italien. La profondeur et l’efficacité de l’exposition s’explique notamment par l’apport de Michel Hochmann de l’école pratique des hautes études de Paris, conseiller scientifique de cet évènement.

L’une des lignes directrice que je retiens de l’exposition est qu’un artiste, comme tout individu, même révolté, reste profondément marqué par l’époque et le milieu dans lequel il vit.

Ainsi, le Tintoret (Tintoretto, « petit teinturier ») se nomme en réalité Jacopo Robusti. Il naît à Venise en 1518 ou 1519 et s’éteint dans cette République en 1594. Il doit son surnom à la profession de son père qui était teinturier, au fait que, tout jeune, il utilisait les teintures de ce dernier pour réaliser des petits dessins, et également à cause de sa petite taille. Contrairement au Titien anobli, il a arboré avec fierté ses origines populaires durant toute sa vie.

Le peintre a évolué dans une Venise cosmopolite, qui attirait beaucoup d’artistes italiens et européens. La concurrence y était vraiment très rude. Bien qu’issu donc d’un milieu modeste, il arrive toutefois à se rapprocher des riches commanditaires, et pour réussir et s’imposer, il vend ses toiles à des prix très attractifs. Sa « stratégie commerciale » lui vaut une forte hostilité de ses confrères.

Les œuvres du Tintoret sont d’une remarquable « modernité ». Je sais que cette notion est « fourre-tout » et à utiliser avec des pincettes. Toutefois, elle permet de souligner que ses œuvres répondaient aux critères esthétiques du Cinquecento et correspondent encore à nos canons actuels. C’est ce qui caractérise le génie dans l’art, traverser le temps tout en continuant à être porteur d’une esthétique et d’un message forts. Je pense que la modernité des créations du Tintoret est liée à ce qui les définit intrinsèquement : grandeur, vitesse (le Tintoret peignait non seulement avec dextérité, mais aussi avec célérité), et extravagance (cf. Guillaume Cassegrain, historien de l’art https://www.franceculture.fr/personne-guillaume-cassegrain.html).

La modernité (grandeur, vitesse et extravagance) s’épanouit grâce à la technique picturale du peintre vénitien, notamment sa maîtrise de l’espace et de la mise en scène. Les tableaux Esther devant Assuérus (1552 – 1555), et Le Labyrinthe de l’amour (1538 et 1552)  l’illustrent parfaitement :

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L’utilisation de la contre-plongée dans Deucalion et Pyrrha (1542) reste encore aujourd’hui étonnante et audacieuse :

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Le peintre est influencé par les autres arts majeurs de l’époque : le théâtre, l’architecture, et la sculpture. Ces  autres domaines artistiques enrichissent considérablement ses compostions.

Place saint Marc

L’évolution de l’architecture de sa ville marque les créations du Tintoret. Venise, après les conflits est stabilisée par la domination de l’Espagne des Habsbourg, l’ère de la reconstruction s’installe et la République aspire à retrouver son prestige grâce notamment aux arts. Jacopo Sansovino (architecte et sculpteur, 1486-1570) est une figure emblématique des grands travaux de Venise de l’époque, il rénove notamment la place Saint-Marc (cf. photo ci-contre).

S’agissant du théâtre, le Tintoret s’y intéresse en créant des maquettes de costumes, des gags et des effets spéciaux. Il s’imprègne également de la sculpture : il réalise des figurines en terre cuite pour résoudre ses questionnements sur l’espace, la perspective et l’éclairage. Cet intérêt est lié, aussi, en partie, à la dispute qui se développe dès le Quattrocento et que Bennedetto Varchi (Humaniste, historien, et poète, 1503-1565) illustre dans Due lezzioni : de la sculpture ou de la peinture, quel est l’art le plus noble ? La peinture gagne ce débat, car contrairement à la sculpture monochrome, elle permet plusieurs vues d’un même personnage, et offre les couleurs de la vie. Le tableau ci-dessous est le fruit des recherches du Tintoret sur la  sculpture :

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La Princesse, Saint-Georges et Saint-Louis (1551).

La mise en compétition de la sculpture et de le peinture, peut paraître étonnante aujourd’hui où chaque art à sa place (arts visuels (peinture, photographie, …), cinéma, musique, littérature, sculpture, arts du spectacle (théâtre, danse, …), architecture). Ce type de procédé et de hiérarchisation est récurrent dans l’histoire de l’art. Pour preuve, la littérature a connu des « tensions internes ». Le théâtre et la poésie ont été mis en rivalité, quant au roman, il a été longtemps considéré comme un genre mineur (des romans, comme Le Roman bourgeois d’Antoine Furetière (1666), très lus par les femmes étaient méprisés et suspectés de les pervertir).

Concernant la place de la peinture aujourd’hui, les Grands maîtres (à l’instar du Tintoret) restent adulés, mais la photographie, et d’autres arts visuels sont venus la bousculer, la remettre en question (pour évoluer par exemple vers l’abstraction), mais parfois aussi l’enrichir (les recherches de Kasimir Malevitch (1879-1935) par exemple, https://art-zoo.com/kasimir-malevitch/).

Pour en revenir aux œuvres du Tintoret, ses portraits sont influencés par ceux du Titien. Ils se distinguent par leur simplicité et par une « économie de moyens ». Par ces effets, le peintre donne une présence à ses modèles conforme à leur place dans la société, et ne met pas en avant de fortes individualités. Dans son ouvrage Tintoretto : tradition and identity (1999), Tom Nichols explique : « Dans la Venise républicaine, l’identité personnelle était moins significative que la position occupée dans un espace social plus large, et le caractère répétitif souvent remarqué des portraits de Tintoret reflète en partie son adhésion à une idéologie commune« .

 

L’arrivée d’artistes tels que le Tintoret dans l’espace culturel vénitien a été qualifiée par certains spécialistes de « crise maniériste » (raffinement technique et mise en évidence de l’artifice) face au « Sérénissime » (art « officiel » de Venise) représenté par le  Titien. Voici quelques-uns de ses tableaux :

 

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Le Tintoret est influencé par Michel-Ange (1475-1564), Francesco Salviati (1510-1563) et Giorgio Vasari (1511-1574). Ce peintre majeur participe surtout à la jonction entre la Renaissance (du Trecento au Cinquecento, soit en France du XIVème au XVIème siècle) et le mouvement Baroque (du milieu du XVIème au milieu du XVIIIème siècle).

Grâce à mes lectures sur l’exposition dédiée au Tintoret, j’ai découvert des artistes dont je n’avais jamais entendu parler :

 

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Liens divers :

https://museeduluxembourg.fr/

https://www.aparences.net/ecoles/la-peinture-venitienne/le-tintoret/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tintoret

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